"Je suis moins nerveux que les enseignants et élèves"

Interview avec Claude Meisch dans L'essentiel

Interview: L'essentiel (Joseph Gaulier)

L'essentiel: Est-ce toujours le même enthousiasme ou y a t-il de la lassitude pour votre 13e rentrée?

Claude Meisch: Il n'y a aucune lassitude, car chaque rentrée est différente, avec des défis. Cette année, c'est le projet ALPHA. Je suis moins nerveux que beaucoup d'enseignants et surtout que les élèves!

L'essentiel: Qu'est-ce qui a changé depuis votre première rentrée en 2014?

Claude Meisch: L'offre scolaire s'est adaptée aux besoins d'une population hétérogène. La diversité des langues se reflète à l'école, avec la création des écoles publiques européennes, etc. Même en 7e classique et dans le professionnel, tout a changé.

L'essentiel: Vous attendiez-vous à tant de critiques sur le projet ALPHA?

Claude Meisch: Qu'il y ait des critiques et des discussions, c'est normal. Lorsque l'on touche à l'alphabétisation, cela fait débat. Nous aurons toujours le choix de l'alphabétisation en allemand, mais avec une option en plus, le français. La loi a été votée à une large majorité. L'organisation sera un peu plus compliquée à partir de l'an prochain, mais nous serons prêts.

L'essentiel: Savez-vous combien de familles opteront pour l'alphabétisation en français?

Claude Meisch: Nous avons des estimations avec les enseignants du cycle 1 qui voient les enfants qui seront alphabétisés l'an prochain. Leurs recommandations montrent que ce devrait être près d'un élève sur deux qui profitera de l'alphabétisation en langue française. Avec des différences régionales, mais il n'y a aucune école où il n'y a pas de demande d'alphabétisation en français, c'est donc un réel besoin.

L'essentiel: Avez-vous réussi à sortir les téléphones des salles de classe?

Claude Meisch: Oui, mais nous devons réajuster encore une fois notre politique. Car l'étude PISA montre que, comme dans tous les pays, la compréhension et la lecture sont en chute libre. La surconsommation d'outils digitaux est en cause et nous devons réagir. Il faut laisser le smartphone de côté pendant les cours, surtout pendant les trois premières années du lycée. Nous devons aller vers une interdiction complète du smartphone au lycée pour permettre aux jeunes de se concentrer sur les cours et d'avoir des contacts réels sans passer leur temps libre uniquement sur le téléphone.

L'essentiel: À l'étranger, certains reviennent sur le numérique à l'école. Qu'en est-il au Luxembourg?

Claude Meisch: Nous avons un bon équilibre. Nous sommes à une ou deux heures de cours sur écran par semaine. Leur utilisalion reste un atout. Il faut distinguer l'utilisation pédagogique et l'usage stupide qui consiste à perdre du temps sur les réseaux sociaux.

L'essentiel: Le métier d'enseignant reste-t-il attractif?

Claude Meisch: Oui, nous arrivons toujours à recruter. J'ai assermenté 350 personnes avant les vacances. Nous arrivons à organiser nos écoles, même si c'est plus difficile dans certaines branches du secondaire, comme les branches techniques, les maths, les sciences naturelles, voire le français.